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Le sexisme au travail, « un redoutable instrument d’exclusion des femmes »

Posted on 13/03/2015 · Posted in Actualités, RSE

Un rapport rappelle que les comportements sexistes font toujours l’objet d’un certain déni des entreprises, malgré des conséquences désastreuses sur les carrières des femmes. 

Le sexisme au travail, qu’il soit frontal – du type « les femmes doivent rester à la maison » -, enrobé dans un humour graveleux ou une forme de bienveillance néfaste, reste un tabou marqué par une dose de déni, souligne un rapport du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle (CSEP) rendu public vendredi.

Le document remis à la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine, à quelques jours de la Journée internationale pour les droits des femmes, rappelle les résultats d’une enquête de 2013 à laquelle quelque 15 000 salariés ont répondu. Celle-ci montrait que 80% des femmes salariées sont régulièrement confrontées à des attitudes ou des décisions sexistes. Une femme sur deux a notamment été la cible de blagues.

Or, ce sexisme, « qui fonctionne comme un redoutable instrument d’exclusion des femmes de la sphère professionnelle et leur signifie qu’elles ne sont pas à leur place », a des répercussions sur la confiance en soi, la performance et le bien-être au travail: 93% des salariées estiment que cela peut amoindrir leur sentiment d’efficacité.

Un impact « inacceptable »

Dans un entretien à Metronews, Marisol Touraine note que le sexisme au travail « a la vie dure » et juge l’impact sur les femmes « inacceptable ». Selon la ministre, qui se dit « féministe », « le sexisme ordinaire, c’est celui qui veut qu’on appelle une femme systématiquement par son prénom, ou qu’on s’adresse à elle en lui disant ‘ma petite’, tout en sachant très bien que c’est dévalorisant ». Elle souligne la nécessité de « faire reculer la loi du silence » en la matière, mais exclut de légiférer, car la loi « est beaucoup plus protectrice qu’on ne l’imagine ».

Les auteurs du rapport relèvent de leur côté que la notion de sexisme « n’arrive pas à émerger clairement » et a un côté « tabou ». Ils reconnaissent que le phénomène est compliqué à définir, car « la limite entre les actes, propos, attitudes acceptables et ceux qui ne le sont pas, (…) entre les propos blessants et humiliants et les propos humoristiques », n’est pas évidente.

Des pistes pour agir

Le rapport d’une centaine de pages s’attèle donc d’abord à définir le sexisme. Les auteurs en distinguent trois formes: le sexisme « hostile » du type « les femmes sont nulles en mathématiques », le « sexisme subtil ou masqué », qui passe notamment par l’humour, ou le « sexisme ambivalent, voire bienveillant » comme le paternalisme infantilisant. Dans un second temps, ils se penchent sur le sexisme dans le droit, notant sa « quasi-inexistence » ou une « approche floutée », même si d’autres notions comme le harcèlement peuvent être utilisées. Enfin, le rapport examine les outils mis en place par les entreprises, comme les règlements intérieurs ou les chartes.

Pour mieux combattre le phénomène, les auteurs formulent 35 préconisations comme mieux mesurer le sexisme dans les enquêtes, lancer une campagne nationale dans les médias ou réunir à la fin de l’année un comité interministériel sur le sujet. Ils recommandent aussi d’organiser en 2015 un colloque international sur le sujet ou de renforcer les formations des managers, dirigeants et autres acteurs du monde du travail. Ils suggèrent aussi d’inciter les entreprises à insérer dans leur règlement intérieur un passage invitant les salariés à adopter « un comportement respectueux » ou encore de rappeler la compétence du Défenseur des droits en matière d’agissements sexistes au travail.