INAPTITUDE

Inaptitude : jusqu’où va l’obligation de reclassement ?

Posted on 12/10/2017 · Posted in Juridique

Ne constituent pas un poste disponible pour le reclassement d’un salarié déclaré inapte l’ensemble des tâches confiées à des stagiaires qui ne sont pas salariés de l’entreprise, mais suivent une formation au sein de celle-ci.

« Attendu, selon l’arrêt attaqué (Paris, 10 décembre 2015), que M. X…, engagé par la société Eiffage énergie Ile-de-France à compter du 3 septembre 2001 en qualité de chauffeur poids lourds, a été licencié le 6 avril 2012 pour inaptitude et impossibilité de reclassement ;

Attendu que le salarié fait grief à l’arrêt de le débouter de sa demande en paiement d’une indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, alors, selon le moyen:

1°/ que lorsque le salarié est déclaré inapte par le médecin du travail à reprendre l’emploi qu’il occupait précédemment, l’employeur est tenu de lui proposer les emplois disponibles, y compris ceux qui ont un caractère temporaire ; qu’il s’ensuit qu’en l’espèce, en considérant, pour retenir que le licenciement du salarié reposait sur une cause réelle et sérieuse, que les stagiaires ayant été recrutés pour effectuer des missions ponctuelles, variant d’une semaine à un mois pour leurs durées respectives, M. X… ne pouvait valablement soutenir que ces tâches, même administratives et répondant aux exigences médicales de sa situation, constituaient un poste sur lequel il aurait pu être reclassé, la cour d’appel a violé les articles L. 1226-10 et L. 1226-12, alinéa 2, du code du travail ;

2°/ que l’employeur a l’obligation de se livrer à une recherche réelle, sérieuse et loyale des possibilités de reclassement du salarié déclaré inapte à reprendre l’emploi qu’il occupait précédemment ; que dès lors en l’espèce, en se bornant à retenir, pour considérer que l’employeur avait satisfait à son obligation de reclassement, que le courrier de l’entreprise du 28 mars 2011 avait été adressé aux différents services de l’entreprise, mais également au sein du groupe, par deux courriels distincts du 4 avril 2011, sans rechercher, comme il lui était demandé, si la rapidité des réponses négatives données dès le 5 avril 2011 n’établissait pas le caractère fictif des recherches de reclassement, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard des articles L. 1226-10 et L. 1226-12, alinéa 2, du code du travail ;

3°/ qu’en omettant de répondre aux conclusions d’appel de M. X… faisant valoir que la recherche de reclassement doit débuter à compter du second examen médical ou de l’examen unique le cas échéant et être poursuivie jusqu’au licenciement du salarié, que l’employeur doit donc continuer ses recherches après l’expiration du délai d’un mois qui l’oblige à reprendre le paiement du salaire ; qu’en l’espèce, il ressort des constatations des juges du fond que la recherche de reclassement n’avait été effectuée que par un courrier du 28 mars 2011 et que, le licenciement étant intervenu le 6 avril 2012, aucune recherche de reclassement n’avait été effectuée depuis plus de onze mois, ce dont il résultait que son licenciement était sans cause réelle et sérieuse, la cour d’appel a violé l’article 455 du code de procédure civile ;

4°/ que lorsque le salarié est déclaré inapte par le médecin du travail à reprendre l’emploi qu’il occupait précédemment, l’employeur est tenu de lui proposer un autre emploi approprié à ses capacités, au besoin par la mise en oeuvre de mesures telles que mutations, transformations de postes de travail ou aménagement du temps de travail ; qu’il appartient à l’employeur de prouver la réalité et le sérieux de sa recherche de reclassement ; qu’il s’ensuit qu’en se bornant à retenir que l’employeur avait adressé le courrier du 28 mars 2011 aux différents services de l’entreprise et au sein du groupe, la cour d’appel, qui n’a pas caractérisé l’absence de possibilité par l’employeur de procéder à des mutations, transformations de postes et aménagement de temps de travail, a privé sa décision de base légale au regard des articles L. 1226-10 et L. 1226-12, alinéa 2, du code du travail ;

Mais attendu que ne constituent pas un poste disponible pour le reclassement d’un salarié déclaré inapte l’ensemble des tâches confiées à des stagiaires qui ne sont pas salariés de l’entreprise, mais suivent une formation au sein de celle-ci ;

Et attendu que la cour d’appel, devant laquelle aucune fraude n’était invoquée, a, sans être tenue de répondre à un simple argument ni de procéder à une recherche que ses énonciations rendaient inopérante, souverainement retenu que l’employeur avait procédé à une recherche sérieuse et loyale de reclassement ;

D’où il suit que le moyen n’est pas fondé »

Par Maître Claire DANIS DE ALMEIDA

Avocat au barreau de Nanterre

Source :Cass. Soc. 11 mai 2017 n°16-12.191