BURN-OUT

Burn-out. Un phénomène qui touche aussi les patrons

Posted on 26/02/2015 · Posted in Actualités, RSE

Véritable poison pour qui le vit, le burn-out touche toutes les strates du monde professionnel, y compris les chefs d’entreprise. Selon un sondage réalisé auprès des lecteurs du Journal des entreprises, près de trois patrons sur quatre ont déjà approché ce phénomène d’épuisement.

« C’est arrivé en avril 2013. Un matin, tout s’est éteint. Pas le bureau, moi ! J’ai mis un certain temps à refaire surface, pour pouvoir rentrer chez moi. Le trajet a été difficile, je n’avais plus du tout de force, j’avais du mal à marcher, à parler. Comme si mon corps et mon cerveau avaient lâché en même temps. Après, on m’a dit que j’avais fait un burn-out, un syndrome que je ne connaissais pas. Depuis, j’en parle assez librement. Il n’y a rien à cacher. Beaucoup de gens autour de moi ont vécu la même chose ».

Lire des témoignages de chefs d’entreprise

« Quand on est un battant, on n’exprime pas sa faiblesse »
Ce témoignage récent est celui d’un patron d’une entreprise toulousaine de 75 personnes, Thomas Fantini, 39 ans, P-dg de La Compagnie des Pergos, un groupe d’hôtellerie-restauration de 6,5 M€ de CA. Un témoignage rare. Car les patrons de PME osent raconter un burn-out, qui plus est, à visage découvert, ne sont pas légion. Olivier Torrès, le grand spécialiste en France de la santé des dirigeants de PME, professeur à l’Université de Montpellier et fondateur de l’Observatoire Amarok a eu l’occasion de le constater. « Il existe un tabou lié à l’idéologie du leadership : Quand on est un leader, un gagnant, un battant, il n’y a pas d’espace pour exprimer une faiblesse », analyse cet économiste normalien.

Une mauvaise hygiène de vie
Cette honte d’avoir flanché alliée à l’absence de service de santé au travail des patrons de PME, explique le manque de données sur l’évolution de l’état mental des dirigeants en France. L’Observatoire Amarok a été pionnier dans l’analyse en « auscultant » récemment 800 chefs d’entreprises français. Et les résultats montrent que les patrons de PME travaillent plus, dorment moins, font moins de sport et s’alimentent moins bien que la moyenne des autres Français.

La crainte de perdre un client
Pour compléter ces données, Le Journal des entreprises a décidé de questionner ses lecteurs. Entre le 6 et le 15 janvier, nous leur avons fait parvenir un questionnaire par mail. Au total, 700 d’entre eux ont répondu dont 500 chefs d’entreprises de moins de 250 salariés. Les résultats collectés nous ont permis de mesurer leur usure en cette période de crise. Et à la vue des résultats, elle semble bien réelle : 90 % des patrons de PME interrogés se sentent stressés
dans leurs fonctions. Plus l’entreprise est petite, plus les patrons sont angoissés. En tête des préoccupations, la crainte de perdre un client stratégique et les problèmes de trésorerie.

Insomnie : Un patron sur deux
Alors que le couple fatigue/manque de sommeil amplifie le phénomène de burn-out, un patron sur deux interrogés déclare souffrir d’insomnie plusieurs fois par semaine.Ils sont également un sur deux à travailler entre 60 et 79 heures chaque semaine, alors qu’ils ne dorment que 6 à 7 heures par nuit voire 5 à 6 heures, contre une moyenne de 7 heures pour les Français. Un différentiel qui peut engendrer une dette de sommeil : 3 h 30 au bout d’une semaine, 200 heures au bout d’une année, 2.000 heures au bout de dix ans. Un facteur susceptible d’atrophier la créativité et de rendre irritable. « Il faut réapprendre à être vigilants sur la qualité du sommeil. C’est un élément déterminant de l’efficacité d’entrepreneur », conseille Olivier Torrès.

Au final, 23 % des chefs entreprise ayant répondu à notre enquête déclarent avoir déjà suivi un traitement médical pour une forme ou une autre d’épuisement professionnel. Un chiffre à replacer dans un contexte de montée du burn-out en France.
Selon une récente étude de l’institut Think pour Great Place to Work, le burn-out toucherait un Français sur trois dans son entourage professionnel.

Les patrons moins exposés que les salariés
Les patrons seraient en fait moins exposés que les salariés. Pourquoi ? Car être indépendant
est une forme d’antidote selon Olivier Torrès. En premier lieu parce que le burn-out est une perte d’estime de soi. Or, entreprendre donne un sentiment de fierté qui protège du burn-out. Ensuite, parce que les dirigeants se sentent maîtres de leur destin. « Quand on est entrepreneur, la contrainte n’est pas subie mais choisie. Le patron vit donc mieux le stress car entreprendre est une décision, un choix », explique l’enseignant-chercheur.

Photo Lecourieux-Bory
Enquête réalisée entre le 6 et le 15 janvier. Répondants : 492 dirigeants (50 % dans les services aux entreprises et 20 % dans les  » autres activités industrielles « ) et 204 cadres-dirigeants.